Amis du XXIème s., bienvenue au XIème siècle!

 Ici, le temps n'existe pas.

Nous naviguons sur de beaux drakkars, ceux de l'imaginaire,

entre Moyen-Age et infographie,

entre français médiéval et textos ou mails,

Esope ou La Fontaine.

Ce roman sur la TAPISSERIE de BAYEUX

est le prétexte à nos échanges: Lecture, Ecriture et Broderie.

Histoire et actualité, Ecriture et Salons du livre, Art, Broderie, Tapisserie, Calligraphie, Spiritualité, Moyen-Age, Normandie, Bayeux, Hastings, Mont St-Michel, Patrimoine, vocabulaire médiéval, etc.).

Jeudi 17 août 2006 4 17 /08 /Août /2006 04:50

Pour ceux que la généalogie de Guillaume le Conquérant intéresse, et qui veulent comprendre cette rivalité entre Guillaume et Harold autour du trône d'Angleterre:

Guillaume le Conquérant est un cousin du roi d'Angleterre Edouard le Confesseur. Harold, de son côté est le beau-frère d'Edouard le Confesseur (frère d'Edith, épouse du roi Edouard). Tous deux Guillaume et Harold peuvent donc prétendre à devenir successeurs du trône d'Edouard, puisque celui-ci n'a aucune descendance. Dans le roman des Brodeuses de l'Histoire,  cette généalogie est représentée de façon détaillée à la fin du livre.     

 

Par Plum - Publié dans : tapisseriebayeux
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Mardi 15 août 2006 2 15 /08 /Août /2006 09:01

le 15 août, fête de l'Assomption, les Chrétiens célèbrent Marie. Bonne fête à toutes les Marie, que votre journée soit sous le signe du bleu!

Au Moyen-Age, le culte marial était très important. La Vierge était souvent nommée Madame Sainte Marie, appellation à la fois respectueuse et très humaine. Voici deux extraits des Brodeuses de l'Histoire, se référant à Marie: Toustain, le dessinateur, assiste à un office au New Minster, abbaye de Winchester.  "Le chant du Magnificat me tire de mes pensées. Les moines sont debout, leurs voix graves et profondes chantant ce cantique à la Sainte Vierge Marie résonnent jusqu’aux cieux et peut-être même jusqu’en mon cher pays de Caux. Sainte Marie, notre mère à tous, Magnificat anima mea Dominum. Une vision inattendue me serre le cœur ; l’image de ma douce maman est là, et comme je me sens loin d’elle ! Des larmes, non, elle n’aimerait pas voir son fils pleurer. Je suis bien soulagé d’entendre le père abbé prononcer la bénédiction finale."

Puis c'est Mary qui adresse une supplique à la Mère des mères, pour demander la grâce d'être enceinte: Supplique à Madame sainte Marie

O Vierge Marie, qui en ce jour de Noël êtes devîntes mère,

Ce soir entendez la ferveur de ma prière : Accordez-moi un enfant.

Vous, qui sur un âne dans la douleur, avez dû cheminer,

Et dans une grotte entrer pour vous cacher,

Laissez-moi marcher vers mon enfant.

O Vierge Marie, qui jamais de la chair n’avez commis le péché,

Ne me punissez pas de m’être déshonorée :

Par votre pardon, accordez-moi un enfant.

Vous qui du haut des cieux voyez mon amour sincère,

Offrez à Graig le bonheur d’être appelé « Père ».

Nous saurons chérir un enfant.

O Vierge Marie, si sa petite âme est déjà près de Vous,

Dites-lui combien sa venue nous comblerait de joie.      

Viens, toi mon enfant !

Par Plum - Publié dans : la religion au Moyen-Age
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Lundi 14 août 2006 1 14 /08 /Août /2006 14:21

Sur la plupart des reproductions de la Tapisserie de Bayeux, on peut admirer le grand drakkar offert à Guillaume par Mathilde, future reine.  Ecoutons Toustain, le jeune dessinateur normand, nous parler de la Mora:   Il m’est doux de me revoir terminant la scène du chargement des navires. J’avais placé au premier plan mon ami Ranulphe qui devait embarquer, lui aussi, et je m’activais pour rendre aux drakkars leur majesté, en prenant soin de donner à leur figure de proue la forme d’un grand S enluminé ! On dit que le vaisseau du duc a été équipé par Mathilde, et que son amour pour Guillaume est tel, qu’elle a payé de ses propres deniers sans rechigner. Faute d’avoir pu retenir son mari près d’elle, elle a choisi de le soutenir plutôt que d’enchaîner l’âme de son conquérant. L’esnèque, elle l’a voulue semblable à celle des ancêtres vikings, douze toises de long et seize pieds de large, et encore plus  rapide que les meilleurs destriers du duc. En forme d’amande, la Mora a une coque qui se rétrécit vers la poupe, et vers la proue relevée très haut, ornée d’une tête de dragon qui glacera d’effroi l’ennemi. A la poupe, un enfançon scintillant sous le soleil joue gaiement du cor de sa main droite tandis que sa main gauche tient une oriflamme dirigée vers l’Angleterre. Tout en dessinant, j’imagine le petit Guillaume se jurant, après la mort de son père Robert le Magnifique, de se venger de tous ceux qui ne voulaient pas le reconnaître et le traitaient de bastard!  De l’avant à l’arrière, je m’applique à peindre le bois blond et les larges lattes horizontales, rouges et vertes. Je me dis que le vaisseau du duc est le plus beau du monde. Le mât central porte à son sommet une lanterne surmontée d’une croix, pour permettre la navigation de nuit. Le navire ducal a son propre étendard, le vexillum sancti Petri, offert par le Pape. Une croix blanche se détache sur un fond vermeil, c’est à cet étendard béni que je me suis accroché au plus fort de la bataille. Pour l’heure, il faut bien le reconnaître, ce fier navire se dandine comme une cane sous le souffle d’un fort vent d’ouest !

Par Plum - Publié dans : tapisseriebayeux
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Lundi 14 août 2006 1 14 /08 /Août /2006 09:35

Veille du 15 août, nous allons regarder de plus près le Bestiaire qui orne les frises de la Tapisserie. On y découvre des merveilles! Commençons par les deux chiens noirs qui se font face, au tout début de la frise du bas. Voici l'image    

Rappelons, pour mémoire, que ce qui déclencha la bataille d'Hastings, fut une rivalité autour du trône d'Angleterre, à la mort du roi Edouard le Confesseur. Cette rivalité opposa Harold et le duc de Normandie, Guillaume.  Le texte, extrait des Brodeuses de l'Histoire, se trouve dans le cahier de frère John (moine chargé de la bibliothèque du monastère; il a le sens des mots, et une personnalité bien trempée...): "Quelle voix en moi m’invite à rechercher encore le désordre de l’âme, et me vante l’audace du malfrat qui faute et joue avec le plaisir des sens, la cruauté, ou le vol, puis en accepte les amères conséquences ? Le ciel minéral et la peau sombre de l’eau me sont plus fraternels que l’onde claire du ruisseau. Quand mes mains sont trop propres et mes pensées trop harmonieuses, je me sens faible, petit et peureux. J’étais là quand Caïn tua Abel, quand Noé s’enivra et resta nu devant son fils. J’étais là quand Judas, quand Ève et Marie-Madeleine, quand Pierre renia, j’étais là aussi quand Pilate, quand…

Et mon arche de Noé, sur les bordures haut et bas de leur broderie, qu’est-elle devenue? Le voilà, tout ce bestiaire qui m’excite. Sorties de leur masure des premiers temps du monde, les braves bêtes ont cru et se sont multipliées. Elles ont fauté, porté leurs petits dedans leur ventre, et se retrouvent partout, dans la Bible, sur la toile et sur les étendards. Nos piliers même portent colombes et autres créatures, pour dire la vitalité de Dieu ou l’image du démon. Onagre qui brais douze fois à l’équinoxe du printemps, c’est toi, Satan, qui hurles de rage quand le pouvoir de la nuit t’échappe et qu’au petit matin, la lumière de Jésus Christ croît à nouveau ! Je vous connais, ô monstres, étendard à dragons, dragon du Wessex, sexe de puterelle, ailes de dragons écartelés, lait de manticore, corps d’aitvaras. Aitvaras, esprit du mal, race diabolique qu’on achète au prix de son âme, tu n’auras plus la mienne !

  Et vous, chimères ailées, lions à la croupe fleurie, et aux queues bandelantes, vous les cerfs, vous qui croassez, glapissez, soufflez de rage un peu d’amour, comme élus et damnés, vous aigles et taureaux constellés d’yeux, taillis de crinières échevelées, arbres qui s’entrelacent, s’enroulent et se déroulent, et vous les gazelles et les biches, à qui vous affrontez-vous, qui donc fuyez-vous ? Où fuyez-vous, hardies chimères de ma vie ? Chaque jour je brûle sur mon autel intime les illusions que vous avez semées en mon âme d’enfant torturé, seul et gauche. Mais les scories tenaces m’habitent encore. Tantôt dans le même sens, et tantôt en vent contraire, je vous entends hennir, feuler, hurler au loup, braire, blatérer et baréter, japper et vagir, coasser à la lune, grommeler et chicoter devant cette aiguille qui vous pique les fesses ou met du bleu quand vous aimeriez rouge sang ! Si nos grands dessinateurs ne changent pas d’idée, la Telle, dans sa frise du bas, commence par deux frères ennemis, des chiens noir et or, gueule ouverte, prêts à s’occire comme frappats ! Bon incipit à ce combat de coqs pour un trône qui ne méritait sans doute pas de rendre gorge dans telle mortaille…    

Par Plum - Publié dans : tapisseriebayeux
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Dimanche 13 août 2006 7 13 /08 /Août /2006 20:11

On nous demande souvent: comment avez-vous pu écrire votre roman à quatre mains?

Tout s'est déroulé quasiment à notre insu! Au départ, deux amies intéressées par la Tapisserie de Bayeux projettent de conjuguer leurs talents et leur goût des mots. L'une fera parler les hommes, et l'autre les femmes, ou plutôt, l'une écrira le cahier du jeune dessinateur de la Tapisserie, et celui du moine responsable du scriptorium, tandis que l'autre papotera avec brodeurs et brodeuses de l'ouvroir, en tenant le cahier de Mary, l'une des brodeuses.

C'était sans compter sur la personnalité des personnages, car ils ont tenu la première place, et ont bousculé notre organisation trop rationnelle. Devenus de plus en plus vivants, ils nous ont habitées, et très vite, Marie France Leclainche et moi-même (Plum, alias Denise Morel), nousavons pu nous rendre compte que nos écritures pourtant assez différentes, s'effaçaient devant la polyphonie des personnages mis en scène.

Ce fut une expérience d'écriture, de composition, de relecture, de corrections, d'ajustement de notre pensée, très féconde, car deux auteurs, c'est... beaucoup plus exigeant qu'un seul. Certes, il s'agit de mettre de côté toute susceptibilité, de se brancher sur la vie du roman, de penser aux futurs lecteurs, et de garder le cap. Tout cela, croyez-moi, décuple le plaisir d'écrire, et confère à la langue une richesse insoupçonnée. Je vous l'accorde, "insoupçonnée" n'est pas le mot qui convient, car lorsque le virus de l'écriture vous tient, il autorise toutes les fantaisies, et mieux vaut broder un texte de fils multicolores que d'endormir le lecteur (et nous avec), par un ton monocorde...

Un autre jour, je vous parlerai peut-être des différents niveaux de langue que nous avons utilisés dans ce roman, ainsi que du vocabulaire médiéval, authentiquement avéré. Il est possible, si cela vous intéresse, que nous vous dressions une petite liste de ces mots utilisés dans le Haut Moyen Age, car nous avons constitué un lexique.

Par Plum - Publié dans : Ecriture des Brodeuses de l'Histoire
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Dimanche 13 août 2006 7 13 /08 /Août /2006 11:21

Nous sommes dimanche, je viens d'aller visiter un blog sympa et convivial sur la broderie, je vous en donne l'adresse: broderie.over-blog.org, il y est aussi question de la Tapisserie de Bayeux dans un des articles. Aussi, je ne résiste pas au plaisir de citer ce que Gwenn (la plus jeune des brodeuses de notre roman), une jolie bretonne de 15 ans, dicte à son amie qui, elle, sait écrire. Ces réflexions sur la broderie sont le préambule au travail qui va prendre trois ans de minutieux savoir-faire, dans un ouvroir de Winchester, le Nunnaminster (monastère de soeurs bénédictines, du XIème siècle).

Ecoutons donc notre petite Gwenn: Broderie, d’aussi loin qu’il m’en souvienne, ma jeune vie s’est brodée à petits points. Des laids, des malhabiles, des mal venus comptés et recomptés, défaits, refaits, jamais parfaits. Puis, jour après jour ils devinrent gracieux et plus harmonieux, en bon accord avec ce qu’ils devaient être, chacun, l’un après l’autre, l’un près de l’autre, les petits sujets d’une seule chorale chantant la beauté. Un trait de pinceau n’a pas plus de sens qu’un point de broderie seul, mais s’ils sont des milliers disposés avec grâce par le talent de l’artiste, le plaisir de l’œil peut atteindre le bonheur. Pour me donner cœur à l’ouvrage, ma mère me répétait cela souventes fois. J’eus de nombreux bonheurs, des modestes, petits comme ma paume, puis plus grands, à mesure que s’affinait mon savoir-faire. Pour sûr, j’aurais aimé les garder pour moi, ces petites œuvres, mais elles n’étaient que commandes, et je devais leur dire adieu, aussitôt que finies. Pour moi, la récompense était d’avoir gagné quelque argent pour ma famille.

Il fut long et difficile le chemin qui me mena jusqu’ici. J’avais six ans à peine que déjà ma mère me mettait entre les mains une aiguille et un morceau d’étoffe. Mes doigts à la peau encore si tendre ont gardé longtemps en mémoire le toucher rugueux de ce carré de chanvre. Avec une aiguille à bout rond je devais apprivoiser la matière: dessus, dessous, le fil de laine à gauche, à droite les points, l’ouvrage toujours plus compliqué. Pour économiser la laine et le tissu, pauvre Pénélope, je défaisais le soir, ce que le jour j’avais brodé. Je me couchais les yeux brûlés par la fumée de la chandelle de suif, les doigts gourds de froid, blessés par le frottement de la toile et les piqûres de  l’aiguille. Le lendemain, je recommençais. Passent les jours, passent les ans, longue patience des brodeuses…J’avais oublié depuis longtemps les douleurs de l’apprentissage, et du dé je me servais seulement  lorsque les étoffes étaient très épaisses. Quel plaisir c’était, lorsqu’à la belle saison, je m’installais dehors, dans les champs, avec mon tambour ou mon métier ! Azur du ciel, caresse du soleil sur ma peau, odeur et couleurs de la nature: à chaque point, j’enfermais cela sur ma toile.

La broderie au point de Bayeux ou "point de couchure" ressemble à une tapisserie, car cela nécessite 2 couches de fils tendu, fixées par de petits points d'intersection. Nous en reparlerons, si vous avez des questions à ce sujet. Marie France Leclainche excelle en travaux d'aiguille, pas moi...

Par Plum - Publié dans : BRODERIE
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Dimanche 13 août 2006 7 13 /08 /Août /2006 11:03

Promesse tenue: voici le texte extrait des Brodeuses de l'Histoire, sur la fable d'Esope: Le Corbeau et le renard.  Cette fable est d'ailleurs représentée à deux reprises sur la Tapisserie de Bayeux. Il faut savoir que dans notre roman, la brodeuse nommée Angéla n'a pas la langue dans sa poche; elle a une quarantaine d'années, et vit à la campagne, près de Winchester.

Sans qu’elle y mette malice, Angéla réussit parfois à faire rire tout le monde à en tordre ventraille. Ce matin donc, elle passe devant un métier, et avise figures qu’elle n’y avait point encore vues : 

- Qu’est-ce donc là, cet oiseau posé sur un arbre et ce chien couché ?

Sœur Marie-Françoise, se trouvant de ce côté et toujours sérieuse, se penche à son tour.

-        Il s’agit là, je pense de la fable d'Esope, Le Corbeau et le renard.

-        Ce sire Esope avait corbeau et renard en sa maison ?

-        Non point, Angéla, Esope était célèbre fabuliste grec, un poète si vous voulez. Il a écrit des histoires d’animaux, qui servaient de leçons de morale. Dans Le Corbeau et le renard, on comprend que la flatterie ne peut que perdre les imbéciles qui l’écoutent. Un corbeau perché sur un arbre, trouve un fromage, il se prépare à le manger. Un renard passe par là, et par l’odeur alléché, en ferait beau profit, sans avoir eu peine de le trouver. Il flatte tant le corbeau sur son plumage et son ramage que le nigaud perché, voulant faire entendre sa voix mélodieuse, lâche son dîner qui tombe tout droit dans la gueule du goupil. Le corbeau, confus de s’être ainsi laissé prendre par ce fourbe, se promet de ne plus se laisser berner par belles paroles.

-        Sœur Marie-Françoise, on le payait votre…Esope, pour écrire de telles âneries? A-t-on déjà vu fromage volant à travers arbres? Allait-il seul au marché pour se vendre lui-même, après avoir quitté le cellier où il s’ennuyait dans le noir? Et que par grand hasard, un corbeau qui passait justement par là s’avisa qu’il en croquerait bien… et que goupil, allez savoir pourquoi, en ces lieux, lui aussi, et se sentant grand faim, trouva l’affaire trop aisée pour n’en point profiter ! Un enfançon de trois ans, même le plus niais qui soit, ne pourrait croire à  telles fariboles. Je ne sais ni lire ni écrire, et n’en suis point aise, mais je n’en ai regret, mes yeux et ma tête se fatigueraient à déchiffrer si folles histoires !

En voyant dans quelle fureur, cette scène mettait notre pauvre Angéla, j’ai arrêté de rire pour expliquer  mon dessin, mais la suite, telle que je m’en souviens, montre que femme, c’est bien connu, veut toujours avoir raison. 

- Quelle fureur, Angéla , vous m’accablez de reproches! Moi qui avais choisi cette fable pour parler aussi bien de Guillaume que de Harold, votre roi…

- De quoi ? Vous me faites rire, mon gars ! Quelle affaire de lettré, cette fablerie ! Pas plus tard que trois jours passés, ce goupil cauteleux a dévoré ma plus belle geline, et tué quatre poussins. Et ce n’est point la première fois qu’il vient ici forfaire en mon poulailler. Croyez-vous que c’est pour l’engraisser que je peine à nourrir volailles? Même quand je les enferme la nuit, il réussit à se saisir des pauvres bêtes, et je trouve  le matin du sang partout et des plumes éparpillées signant sa tuerie. Vous pouvez m’en croire, ce n’est pas là bête à fréquenter, pire que le loup en nos campagnes.

- Vrai, Angéla, regardez où se place cette histoire. Elle vient juste sous le beau festin où Harold, beau comme un prince, avec son faucon à la main et chien de chasse sous le bras, va naviguer pour porter message à Guillaume. Il peut être flatté de la mission que lui confie le roi Edouard.

- Notre bon roi Edouard… vous perdez sens, Toustain,  de comparer le roi à un renard qui flatte son messager…

- Soyez tranquille, Angéla. Ailleurs, lorsque Guillaume invite Harold à combattre avec lui au Mont-Saint-Michel, la même fable revient, et là, le renard est peut-être Guillaume !

- Coquefredouille ! Dans cette histoire, notre Harold est bien sot de se laisser prendre à telles paroles, mais plus vil encore est votre duc ! S’il faut vraiment sur la toile les broder, je m’en vais moi-même m’occuper de ce cas. Au corbeau, je mettrai plumage marron, que nul ne saura que c’est là noir corbeau, mais piteux oiseau malade. Le renard n’aura pas rousse pelisse brillante, mais poils de chien galeux. Quant au fromage, je vais le  faire à ma façon: boulette farcie à l’ail, si petite, et si ronde, qu’elle lui tombera tout droit dans le gosier, et que ne pouvant la recracher, il s’en étouffera et en crèvera. Moi aussi, je sais faire la morale: «Bien mal acquis ne profite jamais. »

Toute la journée, Angéla a fulminé. Elle a passé sa fureur de ses poules dévorées sur ces dessins de trois pouces. Ce soir ne restait plus que le renard à broder. M’est avis que demain, sa colère ne sera pas retombée: contre les corbeaux, les renards, moi bien sûr qui dessine une scène dénuée de sens, et contre Phèdre qui pourtant, ne pensait pas à mal !

Par Plum - Publié dans : tapisseriebayeux
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Samedi 12 août 2006 6 12 /08 /Août /2006 20:24

Depuis quelques jours, je prenais plaisir à réaliser un press-book de ce roman. Imaginer la progression, choisir les photos, joindre les quelques lettres reçues, et décorer, tout cela est aussi ma façon de broder l'histoire, non plus la grande, celle de Guillaume le Conquérant (le petit "bastard"), mais la petite histoire de notre roman. Une façon de se souvenir de ses premiers jours, de ses premiers mois, le livre de bébé, en quelque sorte!

Les mails et l'ordi, c'est super, oui, mais le papier(crayon, c'est autre chose, et la calligraphie aussi, alors, pourquoi pas les deux, quand on peut et que les vacances donnent du temps pour... Il me tarde de recevoir des commentaires de lecteurs connus ou inconnus, je m'inquiète un peu, car ce que j'écris sur ce blog n'a aucune portée universelle, et même pas vraiment sociale. C'est comme qui dirait du nombrilisme d'auteur. Oui, mais ce livre, on l'a porté, les personnages nous ont habité pendant des mois et des ans, et j'ai du mal à les quitter si vite. Les mots nous enlèvent, nous raptent, nous embarquent, et l'aventure n'a aucun terme.

Les mots sont des êtres vivants, oui, je les vois, je les sens, véritables tribus à la vie bien plus étrange, bien plus riche que la nôtre. Mots, vous nous escortez sans compter, comment vous remercier assez? 

Voici le Corbeau et le renard, une des fables d'Esope, reprise par La Fontaine, qui figure dans les frises de la Tapisserie de Bayeux. Des poètes amoureux des mots, un renard habile en flatteries!  Si je retrouve le texte du romen, qui se rapporte à cette scène, je le mettrai en ligne, promis.

 

 

Par Plum - Publié dans : tapisseriebayeux
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Vendredi 11 août 2006 5 11 /08 /Août /2006 22:48

- Alors tu dis vouloir donner vie à un roman qui vient d'être publié? Mais Les Brodeuses de l'Histoire a déjà 5 mois, il commence à gazouiller et à faire des risettes, non?

- Oui... Je n'ai pas senti le temps passer. Tu as raison, Les Brodeuses de la Tapisserie de Bayeux ont vu leur vie noir sur blanc depuis le 16 mars 2006, leur naissance s'est faite au Salon du Livre de Paris. Fallait voir les tronches de celles qui avaient écrit ce roman...

- Ah! et elles sont plusieurs?

- Oui, il leur a bien fallu 4 mains, 2 cerveaux  et 36000 cellules de sensibilité pour donner vie à cette Tapisserie qui défie le temps. Une vieille Dame, ça se respecte. Demande à Marie France, elle dit même que la TELLE (la Toile, la Toile de lin, de 70 m de long) est la grande Dame, l'héroïne du roman. Je ne sais ce que pensent de cela les autres personnages, les vrais... le dessinateur de 19 ans, les brodeuses habiles et disertes, le grand Maître d'oeuvre, un bénédictin adorable, abbé de monastère à Winchester, mais artiste dans l'âme, tu imagines un peu, s'ils se savaient détrônés par un bout de chiffon tout usé et rapiécé, de surcroît!

- Comme tu y vas! tu ne peux croire ce que tu viens d'écrire, toi aussi tu l'aimes, la TELLE, et presque autant que ton blog, ton ordi ou ta feuille quand tu écris papier/crayon, non?

-Oui... c'est une longue histoire, une épopée, mais cela, c'est le livre qui le dit. Ici, je vais donner à ceux qui veulent savoir, des nouvelles du bébé. Et d'abord, voici un p'tit article paru dans "Les Nouvelles de Versailles" .  Après réflexion, c'est trop long pour un blog. Je préfère mettre la photo des auteurs le jour de la présentation de leur bébé... 

Ci-dessous, de gauche à droite: Denise Morel et Marie France Leclainche.

Par Plum - Publié dans : tapisseriebayeux
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