Broderie et tapisserie de Bayeux

Publié le par Plum

Nous sommes dimanche, je viens d'aller visiter un blog sympa et convivial sur la broderie, je vous en donne l'adresse: broderie.over-blog.org, il y est aussi question de la Tapisserie de Bayeux dans un des articles. Aussi, je ne résiste pas au plaisir de citer ce que Gwenn (la plus jeune des brodeuses de notre roman), une jolie bretonne de 15 ans, dicte à son amie qui, elle, sait écrire. Ces réflexions sur la broderie sont le préambule au travail qui va prendre trois ans de minutieux savoir-faire, dans un ouvroir de Winchester, le Nunnaminster (monastère de soeurs bénédictines, du XIème siècle).

Ecoutons donc notre petite Gwenn: Broderie, d’aussi loin qu’il m’en souvienne, ma jeune vie s’est brodée à petits points. Des laids, des malhabiles, des mal venus comptés et recomptés, défaits, refaits, jamais parfaits. Puis, jour après jour ils devinrent gracieux et plus harmonieux, en bon accord avec ce qu’ils devaient être, chacun, l’un après l’autre, l’un près de l’autre, les petits sujets d’une seule chorale chantant la beauté. Un trait de pinceau n’a pas plus de sens qu’un point de broderie seul, mais s’ils sont des milliers disposés avec grâce par le talent de l’artiste, le plaisir de l’œil peut atteindre le bonheur. Pour me donner cœur à l’ouvrage, ma mère me répétait cela souventes fois. J’eus de nombreux bonheurs, des modestes, petits comme ma paume, puis plus grands, à mesure que s’affinait mon savoir-faire. Pour sûr, j’aurais aimé les garder pour moi, ces petites œuvres, mais elles n’étaient que commandes, et je devais leur dire adieu, aussitôt que finies. Pour moi, la récompense était d’avoir gagné quelque argent pour ma famille.

Il fut long et difficile le chemin qui me mena jusqu’ici. J’avais six ans à peine que déjà ma mère me mettait entre les mains une aiguille et un morceau d’étoffe. Mes doigts à la peau encore si tendre ont gardé longtemps en mémoire le toucher rugueux de ce carré de chanvre. Avec une aiguille à bout rond je devais apprivoiser la matière: dessus, dessous, le fil de laine à gauche, à droite les points, l’ouvrage toujours plus compliqué. Pour économiser la laine et le tissu, pauvre Pénélope, je défaisais le soir, ce que le jour j’avais brodé. Je me couchais les yeux brûlés par la fumée de la chandelle de suif, les doigts gourds de froid, blessés par le frottement de la toile et les piqûres de  l’aiguille. Le lendemain, je recommençais. Passent les jours, passent les ans, longue patience des brodeuses…J’avais oublié depuis longtemps les douleurs de l’apprentissage, et du dé je me servais seulement  lorsque les étoffes étaient très épaisses. Quel plaisir c’était, lorsqu’à la belle saison, je m’installais dehors, dans les champs, avec mon tambour ou mon métier ! Azur du ciel, caresse du soleil sur ma peau, odeur et couleurs de la nature: à chaque point, j’enfermais cela sur ma toile.

La broderie au point de Bayeux ou "point de couchure" ressemble à une tapisserie, car cela nécessite 2 couches de fils tendu, fixées par de petits points d'intersection. Nous en reparlerons, si vous avez des questions à ce sujet. Marie France Leclainche excelle en travaux d'aiguille, pas moi...

Publié dans BRODERIE

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geghis 16/08/2006 11:36

je suis tombée par hasard sur votre blog, ces extraits me donnent envie de lire votre livre; à bientot pour de prochins commentaires .

Plum 16/08/2006 19:15

Excellente nouvelle, Geghis, ce blog est récent et les encouragements nous sont précieux. Bonne lecture et revenez avec vos questions ou autres suggestions dès que possible.

Serge Ferla 13/08/2006 14:39

Bravo pour votre site sur la tapisserie de Bayeux. Les quelques débuts de réflexions sur le roman avec ses extraits donnent envie d'aller plus loin et de découvrir le point de vue des persoonages. Une question: donnez vous la parole aux anglo-saxons? Serge

Plum 13/08/2006 14:48

Serge, vous êtes le 1er visiteur du site, merci d'avoir trouvé le chemin grâce à votre GPS!!! Mais oui, dans ce roman, les Anglo-saxons ont la parole, et leur point de vue donne du corps aux échanges dans l'atelier de broderie. On imagine aisément que le peuple conquis par Guillaume le Conquérant ne voit pas d'un bon oeil lla victoire d'Hastings. Toutefois, le roman montre que la collaboration à une même oeuvre d'art s'avère fructueuse.
N'hésitez pas à revenir pour avoir d'autres infos.