Bestiaire médiéval

Publié le par Plum

Veille du 15 août, nous allons regarder de plus près le Bestiaire qui orne les frises de la Tapisserie. On y découvre des merveilles! Commençons par les deux chiens noirs qui se font face, au tout début de la frise du bas. Voici l'image   

Rappelons, pour mémoire, que ce qui déclencha la bataille d'Hastings, fut une rivalité autour du trône d'Angleterre, à la mort du roi Edouard le Confesseur. Cette rivalité opposa Harold et le duc de Normandie, Guillaume.  Le texte, extrait des Brodeuses de l'Histoire, se trouve dans le cahier de frère John (moine chargé de la bibliothèque du monastère; il a le sens des mots, et une personnalité bien trempée...): "Quelle voix en moi m’invite à rechercher encore le désordre de l’âme, et me vante l’audace du malfrat qui faute et joue avec le plaisir des sens, la cruauté, ou le vol, puis en accepte les amères conséquences ? Le ciel minéral et la peau sombre de l’eau me sont plus fraternels que l’onde claire du ruisseau. Quand mes mains sont trop propres et mes pensées trop harmonieuses, je me sens faible, petit et peureux. J’étais là quand Caïn tua Abel, quand Noé s’enivra et resta nu devant son fils. J’étais là quand Judas, quand Ève et Marie-Madeleine, quand Pierre renia, j’étais là aussi quand Pilate, quand…

Et mon arche de Noé, sur les bordures haut et bas de leur broderie, qu’est-elle devenue? Le voilà, tout ce bestiaire qui m’excite. Sorties de leur masure des premiers temps du monde, les braves bêtes ont cru et se sont multipliées. Elles ont fauté, porté leurs petits dedans leur ventre, et se retrouvent partout, dans la Bible, sur la toile et sur les étendards. Nos piliers même portent colombes et autres créatures, pour dire la vitalité de Dieu ou l’image du démon. Onagre qui brais douze fois à l’équinoxe du printemps, c’est toi, Satan, qui hurles de rage quand le pouvoir de la nuit t’échappe et qu’au petit matin, la lumière de Jésus Christ croît à nouveau ! Je vous connais, ô monstres, étendard à dragons, dragon du Wessex, sexe de puterelle, ailes de dragons écartelés, lait de manticore, corps d’aitvaras. Aitvaras, esprit du mal, race diabolique qu’on achète au prix de son âme, tu n’auras plus la mienne !

 Et vous, chimères ailées, lions à la croupe fleurie, et aux queues bandelantes, vous les cerfs, vous qui croassez, glapissez, soufflez de rage un peu d’amour, comme élus et damnés, vous aigles et taureaux constellés d’yeux, taillis de crinières échevelées, arbres qui s’entrelacent, s’enroulent et se déroulent, et vous les gazelles et les biches, à qui vous affrontez-vous, qui donc fuyez-vous ? Où fuyez-vous, hardies chimères de ma vie ? Chaque jour je brûle sur mon autel intime les illusions que vous avez semées en mon âme d’enfant torturé, seul et gauche. Mais les scories tenaces m’habitent encore. Tantôt dans le même sens, et tantôt en vent contraire, je vous entends hennir, feuler, hurler au loup, braire, blatérer et baréter, japper et vagir, coasser à la lune, grommeler et chicoter devant cette aiguille qui vous pique les fesses ou met du bleu quand vous aimeriez rouge sang ! Si nos grands dessinateurs ne changent pas d’idée, la Telle, dans sa frise du bas, commence par deux frères ennemis, des chiens noir et or, gueule ouverte, prêts à s’occire comme frappats ! Bon incipit à ce combat de coqs pour un trône qui ne méritait sans doute pas de rendre gorge dans telle mortaille…    

Publié dans tapisseriebayeux

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Flegroll - Koulou 19/08/2006 22:04

mais il m'a l'air tout mignion ce blogounet ... Longue Vie !

Plum 20/08/2006 09:51

pas étonnée qu'un dessinateur de BD donjonnesques apprécie la Bande dessinée qu'est la Tapisserie de Bayeux, et surtout l'article sur le bestiaire où frère John délire à plein tube! Ton site, cher Koulou est passionnant, merci de ta visite.