Brodeuse et dentellière

Publié le par Plum

Le dimanche, en Bretagne comme au Puy, en Provence, en Normandie ou en d'autres provinces de France, d'Espagne et d'ailleurs, la coiffe de dentelle était propre et immaculée. Marie France Leclainche a écrit ce poème en 2002, et en l'écoutant dire avec ses mots le quotidien d'une dentellière, mais surtout le bonheur que peut procurer (aujourd'hui comme hier) broderie, dentelle au fuseau ou autre activité artisanale, m'est venue l'idée de proposer à cette femme sensible et poète, de participer à faire vivre ces "petites mains" qui ont oeuvré pour réaliser la Tapisserie de Bayeux. Qu'en pensez-vous?

La dentellière (Marie France Leclainche)  

Petite fille , assise près de la cheminée, / Sabots posés sur la pierre du foyer,

 Je savais déjà que mon destin était là, / Qu’il n’était point besoin de rêver au-delà.

 Comme toutes les femmes vêtues de noir, / Ma vie se ferait là, entre lit et armoire.

 A six ans déjà, j’enroulais les fils de lin. / Les fuseaux de buis glissaient dans mes mains.

Les garçons de mon âge riaient alentour, / Et moi, je restais dans la cour,

Où, devant la porte, je continuais l’ouvrage. / Il ne m’était demandé que d’être sage.

 La dentelle, ce précieux gagne-pain,  / Serait la parure de belles personnes de bien.

Lorsque j’eus douze ans, glorieux cadeau, / On m’offrit mon premier carreau.

Je commençais là ma vie de femme, / Il était mal venu d’en faire un drame.

Les fils se croisaient, se nouaient, / Mes rêves se perdaient, les jours passaient.

Ma vie n’était qu’un pesant silence, / Et mes journées lourdes de patience. Beaucoup de trous, peu de nœuds : dentelle torchon./Si belle, si noble, si douce : point d’Alençon.

Lin plus épais, robuste matière : dentelle du Puy. / Inaccessible parure : point de Paris .
Par la pensée, j’imaginais, Traçais le portrait de celle qui les porterait.
Mouchoir, napperon, rideau… /  Valse des fils, ronde des fuseaux.
Un mari m’échut : la vie était ainsi faite , / Ce bon bougre ne me fit pas tourner la tête.
Des mètres de dentelle et de carrés, Pourtant, l’argent manquait souvent au foyer .
Les yeux brûlés à la lumière des chandelles, / Mais dieu qu’elle était belle !
Comme j’aurais aimé en porter moi aussi, / Rien qu’un peu, plus légers les soucis .
Comme j’aurais aimé en porter moi aussi, /
Comme j’aurais aimé en porter moi aussi, /
Abandonner mes robes noires, / Refaire une autre histoire,
Porter au bas de mon jupon, / Cette bordure qui me donnerait l’air fripon.
Filaient les jours, filaient les ans . / Vinrent des enfants, morts ou vivants. 
         Berceau        Tombeau.
Et je suis vieille déjà,  /  Sur mes genoux, le carreau toujours là.
Au loin là-bas sont mes rêves /  Au delà des collines le soleil se lève.
Chaque matin me trouve plus lasse : / Ainsi ma vie passe.
Fil à l’envers, fil à l’endroit, /   Je porte ma croix.

Publié dans BRODERIE

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dejalouguette 28/08/2006 07:29

beau ,un tantinet mélancolique , ce poème....
j\\\'ai personnellement fait des ouvrages de tricot .mais quand on connait le destinataire,c\\\'est un ensemble de mille petites mailles d\\\'affection ou d\\\'amour qu\\\'il reçoit...

Plum 28/08/2006 09:41

Oui, mélancolique, cette évocation d'une époque pas si lointaine, pourtant! Ce poème sur la dentellière me fait penser à la chanson "Mademoiselle de Paris": "On dit qu'elle est petite main...."