Les Brodeuses de l'Histoire: du grand art!

Publié le par Plum

Serge Ferla, appréciant l'article sur l'Epiphanie 1068, nous fait part, dans un commentaire, de son plaisir à avoir retrouvé les personnages du livre qu'il a tant apprécié. Une seconde lecture d'extrait des Brodeuses lui a permis de mieux sentir la personnalité de chaque personnage, en l'occurence le Roi Guillaume et son frère l'évêque Odon (commentaire truculent de Serge Ferla).

Quelle joie encore, pour les auteurs de lire dans une revue un article très élogieux et argumenté en ce sens sur un texte livré au public, mais qui a pris des mois et des années à se concevoir, à se tisser, fil après fil, mot après mot, avec patience, et dans l'incertitude de l'édition.

Guillaume Lenoir, professeur d'histoire et critique à "Culture Normande" a commis ce bel article, le plus fort certainement de ceux que nous avons pu lire depuis la publication des Brodeuses. (Culture Normande N° 35, décembre 2006). Avant de vous faire partager ce bel article, disons notre espoir de voir enfin Les Brodeuses de l'Histoire au magasin du Musée de Bayeux, où est exposée la Tapisserie, afin que les nombreux visiteurs puissent découvrir les intentions qui ont présidé au dessin des scènes de la Tapisserie, et suivre le long processus de sa broderie.

"Voilà un roman historique tout à fait singulier: le scénario est particulièrement original. L'intrigue se déroule lors de la réalisation de La Telle du Conquest, dans un monastère anglais, parmi le peuple des brodeuses et brodeurs, venus de Normandie, de Bretagne et d'Angleterre, comme ce fut certainement le cas. C'est un récit à plusieurs mains qui permet ainsi de mieux comprendre les réactions des différents peuples placés sous la férule du Conquérant: Normands avantageux, Saxons pleins de rancoeurs, Bretonnes laborieuses qui ont fui l'Armorique où elles crevaient de faim, attirées par le mirage de la splendeur du Duc-Roi. C'est l'histoire, perçue par de petites gens qui participent à la réalisation d'un chef-d'oeuvre qui, neuf siècles plus tard, nous fascine toujours. Pourquoi cette broderie, véritable bande dessinée qui raconte l'extraordinaire aventure de la conquête de l'Angleterre par les Normands? Ouvrage de propagande, certes. Mais réalisation pleine de sous-entendus, qui intrigue encore aujourd'hui: indiscutablement, l'inspiration était normande (l'évêque Odon de Bayeux, demi-frère du Duc-Roi, était le commanditaire), mais, parmi les brodeurs et brodeuses et aussi parmi ceux qui préparaient les scènes à représenter, il y avait des Saxons, des Anglo-Danois qui s'attachèrent à montrer que les vaincus d'Hastings étaient dignes des vainqueurs de la plaine de Senlac.

 

Les auteurs de cette aventure ont su respecter cette dualité d'inspiration: ils en donnent une explication plausible et nourrissent ainsi une intrigue qui confère du poids à ce roman historique.

L'ouvrage, bien présenté, est précédé de larges extraits en couleurs de la célèbre broderie. Cela permet de suivre l'avancement du travail des brodeuses et de mieux comprendre les intentions des auteurs des cartons et esquisses représentant les scènes de La Telle du Conquest. Les remarques sur le choix des couleurs, sur les attitudes des protagonistes, sur les scènes étranges ou  ludiques des bordures montrent de la part des auteurs de ce livre un vrai savoir sur les mentalités de l'époque et la façon de les représenter.

La Broderie de Bayeux est un trésor inestimable, d'une richesse documentaire incomparable: tout le haut Moyen Age s'y trouve consigné et l'on s'aperçoit vite que cette période, trop longtemps considérée comme brutale et fruste, recélait des connaissances issues de l'Antiquité gréco-latine. Ce n'était pas une période de rupture, mais de continuité.

Denise Morel et Marie France Le Clainche ont su le montrer avec talent et leur érudition n'est pas pesante: c'est par petites touches, au gré de l'intrigue, que l'on découvre les connaissances et les préoccupations des contemporains de la Conquête. Du grand art. A la hauteur de l'héroïne principale de cet excellent roman historique; la Telle du Conquest, dite Tapisserie de la reine Mathilde, ou encore Broderie de Bayeux. Une invitation à la voir une nouvelle fois: on ne s'en lasse pas.

Guillaume Lenoir

 

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J. de la Ferté 12/03/2007 09:40

Bojour Mesdames les auteurs,
Je viens de relire ce bel article d'historien à propos de votre livre. Il me semble non seulement correspondre à mes impressions, mais aussi fort juste.
Un de mes amis, retraité comme moi, ex professeur de lettres, a, de son côté, loué la qualité de rédaction que vous avez mise en oeuvre pour écrire "les Brodeuses de l'Histoire". Nous en avons longuement débattu ensemble devant une tasse de thé et nos épouses se sont jointes au débat qui les intéressait. Encore merci et félicitations pour votre oeuvre.
Chaque nouvel article du blog est une découverte que j'attends fidèlement.
Jean de la Ferté