Tapisserie aux personnages plus vivants que nature!

Publié le par Plum

En complément du dernier article sur l'art de dessiner le Mont Saint Michel ou la comète de Halley, et de saisir les expressions de surprise, d'horreur ou de profonde réflexion, voici quelques-uns de ces personnages: Là, ce sont les gens qui regardent, ahuris, le signe qui apparaît dans le ciel, la fameuse étoile chevelue, ne sachant qu'en penser...

Comment oser dessiner, puis broder l'incendie d'une maison d'où sortent une maman et son enfant? Tristesse devant les exactions inconsidérées lors de toute guerre... La reine Mathilde elle-même, s'en émeut en découvrant cette scène lors de la visite de l'ouvroir:

Jeudi 15 mai de 1068 - La reine Mathilde

 

Elle est venue. Elle est la Reine, et c’est le Roi qui l’accompagnait. Un silence respectueux les a accueillis. Elle a essayé de nous mettre à l’aise, adressant un sourire gracieux et douces paroles à chacune. Pauvres de nous, humbles brodeuses sans nom, muettes devant leur Reine !

Toute de bleu vêtue, sans riches broderies et bijoux d’or que l’on attend chez une si noble dame, elle paraît jeune encore, le corps toujours gracieux, après de si nombreux enfantements. Elle est grosse de quelques mois, et le Roi qu’on dit si rude, a pour elle des gestes de tendresse. Comment croire que rois et reines ont dans un lit même vie que nous tous, et qu’il en naît enfançons aussi souvent que chez les plus pauvres des pauvres ? Certes, ils ont pour les nourrir moins de tourments, mais sûrement autant de peine de les voir mourir. Ce sont là réflexions que j’ai eues en les regardant tous deux, là, devant moi: homme et femme comme nous.[..]

Le sourire de la Reine se fige bientôt sur ses lèvres : elle vient de découvrir ce qui, je crois, fut l’objet de violents échanges entre Odon, Dom Ralph et Toustain. Sous son regard viennent de surgir les villages pillés, brûlés et complètement détruits après la bataille d’Hastings, pendant la marche sur Londres. Le Roi en était-il instruit ?

Son visage pur se ferme alors brusquement, soudain défiguré par l’ignominie de la chose, et la Reine se tourne vers lui :

- Dois-je croire l’hideur que je vois là ? Le Roi, digne et calme lui répond :

- Les guerres ne sont pas des jeux, et il y a néanmoins perdants et gagnants. La loi du plus fort se doit d’être entendue, mais les moyens d’y parvenir, parfois, ne sont pas ceux que l’on voudrait. Sachez ma mie, qu’un roi, même victorieux, ne peut sur chacun de ses guerriers avoir les yeux, et que ceux-ci, ivres parfois d’avoir été les meilleurs se donnent des droits qui ne sont pas dignes de chevaliers. Certes, il y eut des maisons détruites, des morts innocents, j’en conviens, et je n’en tire aucune gloire.

- Si cela a été, il est juste qu’ici soit rendue la vérité, puisque vous voulez faire œuvre d’histoire et témoigner pour les  années à venir de ce que fut votre conquête.

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André de la Ferté 10/03/2007 10:39

Cela fait déjà plusieurs fois que le clavier m'invite à vous laisser un commentaire, tant les articles de ce blog sont divers et passionnants. Ma mémoire oublieuse de vieux monsieur ne prend pas le relai de mon désir. J'espère arriver jusqu'au bout et vous faire parvenir ce commentaire. Bravo pour les gros plans de la Tapisserie de Bayeux devant laquelle j'étais passé un peu vite lors de ma visite à Bayeux. Beaucoup de ses subtilités m'avaient échappé, et pourtant l'histoire de cette conquête m'intéresse bien. La comète de Halley, par exemple, je ne l'avais pas repérée, ni le Mont Saint Michel. Ce site s'éloigne du bavardage, et sa nourriture est saine. Si nous avions un bel article aussi documenté comme pain quotidien, ce serait un vrai bonheur de se réveiller en courant ouvrir son ordinateur, comme un besoin pressant!
Merci mille fois, auteurs de l'An Mil, et bonne continuation.
André de la Ferté (81 ans)