FEMMES du MOYEN AGE et d'AUJOURD'HUI

Publié le par Marie France Le Clainche

La semaine dernière, nous étions sur tous les médias et sur tous les linéaires porteurs de possibles cadeaux pour nous séduire. Tout est maintenant rentré dans l'ordre:il ne faut pas exagérer, ça pourrait nous monter à la tête!

Oublions bien vite nos longues heures de tâches ménagères comparées à celles de nos tendres compagnons, oublions les Afghanes, les mutilations sexuelles en Afrique, nos salaires moindres de 30%, la représentation minimale dans les instances politiques, le déficit de 80 millions de femmes en Inde et en Chine... la journée de la femme, c'est seulement le 8 mars!

Ne gémissez pas, vos ancêtres, mesdames, étaient bien plus à plaindre !

Au Moyen-Age, la rude  condition paysanne usait sans doute à part égale hommes et femmes. L'enfantement tuait grand nombre de mères. Faut-il considérer comme chance de survie, de se réfugier derrière les murs d'un monastère ? C'était le plus souvent dans la tendre enfance que se scellait le destin des oblats, voués à la vie monastique, sans que leur soit demandé leur avis.

Ecoutons deux brodeuses de la Tapisserie de Bayeux

Une des brodeuses de l’Histoire, Angéla, témoigne :  

« C’est grand bonheur d’être mère, mais rude tâche aussi parfois. Combien de femmes meurent ou restent malades toute leur vie d’avoir voulu un petit.[…] Un enfant arrête à peine de téter nos mamelons, qu’un autre déjà est au chaud dans notre ventre. Pas souvent que nos hommes sèment à côté du sillon, et nous avons le panier plein plus souvent qu’à notre tour, avec toujours cette peur de mourir en gésine. La vie, la mort, c’est tout pareil, ça vient et ça repart. »  p. 215.

Sœur Margareth témoigne aussi, car elle n'a pas choisi sa vie monastique:

«La vie au monastère est quiétude, et les jours, pareils les uns aux autres, sans surprise. L’habitude est un don du ciel qui nous fait bonheur. En nous plaçant au couvent, Père a fait le bon choix pour ma sœur et moi. Il lui a fallu doter nos deux sœurs aînées, et il n’était pas assez riche marchand pour agir de même avec nous. Il a cru sentir que nous avions vocation à servir Dieu, et l’enthousiasme que nous avons mis à accepter sa proposition a fait taire en lui certains scrupules qu’il avait peut-être. Bien sûr, nous aimions danser, des galants nous contaient fleurette, mais au monastère nous avons pu étudier, et cela nous a élevées bien au-delà de la condition qui aurait été la nôtre si nous avions été mariées.[…] Le chemin est long pour parvenir à n’être qu’amour et soumission. Je sens bien que parfois encore je trébuche sur les cailloux du passé qui remontent sous mes pieds. J’en demande pardon à Dieu, qui dans son infinie bonté aura pitié de moi, et toujours m’aidera. » p. 131.

Du Moyen-Age, nous restent les noms de femmes illustres: Héloïse, Hildegarde de Bingen, Aliénor d'Aquitaine, Jeanne d'Arc, Marie de France, pour les plus connues, toutes nobles ou intellectuelles, c'est assez peu pour 10 siècles d'histoire ! Elles ne doivent pas nous faire oublier toutes celles dont la vie s'abîma dans la glèbe ou les tâches ingrates .
Nos brodeuses qui avaient la chance de pratiquer un art nous ont laissé leur oeuvre. Ayons aussi une pensée pour toutes celles qui ne nous ont rien transmis: "petites gens dont personne ne parle parce qu'évidemment, votre labeur n'a produit que de petites choses " (préface des Brodeuses.)

FEMMES DE COMBAT, FEMMES DE LONGUE PATIENCE, FEMMES AMIES, AMOUREUSES ET SOEURS DES HOMMES, l’une de vous, Jeanne, 81 ans, s’en est allée, elle avait entendu parler des Brodeuses avant de partir. Le faire-part de décès en parle ainsi : « Sa silhouette menue s’est éloignée d’un pas rapide. Jeanne n’a jamais manqué de courage pour affronter la vie. Dans sa lutte contre la maladie, le contrat était difficile. Le 29 août, juste avant minuit, ses dernières forces l’ont quittée. Jeanne n’est pas partie seule…"

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dejalouguette 16/03/2007 07:11

merci pour ces articles toujours bien illustrés -attrayants, agréables à lire -aujourd'hui je veux rendre hommage à MARGUERITE,partie vers une paix éternelle un 22 Mars et dont la vie fut toute de dévouement-

Jean 12/03/2007 20:59

Quel article documenté pour célébrer la FEMME!
J'apprécie aussi la mise en page fort agréable, mais n'étant pas très versé dans l'art, j'ai une question: L'image sur la gauche, avec une Dame qui tient une plume à la main pourrait bien être Hildegarde de Bingen, qui a, je crois écrit de grandes oeuvres? Pouvez-vous confirmer ou infirmer cette hypothèse?
M'a surpris le dernier paragraphe mentionnant cette "Jeanne" de 81 ans, l'avis de décès de cette dame inconnue est si doux, fort, élogieux et tendre, me fait regretter de n'avoir pu la rencontrer,  j'aurais certainement sympathisé avec cette grande dame, si menue fut-elle.
Merci pour ces cadeaux, vrais bonheurs de lecture sur le Net.
Jean de la Ferté