Des broderies chargées de souvenirs

Publié le par Plum

Eté pluvieux, brumeux ou lumineux, tous les étés favorisent la douceur de vivre. Quoi de plus reposant qu'une broderie en cours, à l'ombre d'un arbre ami, ou sur une véranda accueillante?

Ces nappes brodées, ces mouchoirs et serviettes finement chiffrés, les napperons au point de tige ou point de croix, le nom que ma soeur brodait avec art sur les poches de mon tablier d'école, tous ces objets deviennent précieux dans nos souvenirs.

Je vous invite à visiter le site du Panier de Fanchon, autre passionnée de broderie, d'art et de vie. Les petites choses de la vie, celles que ses parents lui ont transmises au fil des années, elle les raconte sur son site, en lettres de tendresse. Voici l'adresse de ce si beau site: http://aubepine.canalblog.com/

Nous parlons par mail, toutes les deux. Nous parlons d'hier et d'aujourd'hui, de sa découverte, à huit ans, de la Tapisserie de Bayeux, mais nous parlons aussi d'écriture et de livres. Les livres, autres objets dont chaque page traduit émotions et mémoire.

Dans un article de février 2006, Fanchon présente sa maman, âgée aujourd'hui de 85 ans.  Toutes les mères peuvent retrouver quelque chose de leur amour débordant dans ces lignes que je cite:

Une jeune fille brodait pendant la guerre

Il y a 85 ans, une belle petite fille aux yeux bleus et au prénom royal naissait à Paris et faisait le bonheur de ses parents... C'est ma maman, la seule, l'unique, celle qui est si importante pour moi et qui le restera toujours... Elle m'a donné avec mon Papa, une très belle enfance préservée de toutes les misères et les laideurs du monde... Elle ne m'a montré du monde que  son côté rose et bon... A l'adolescence et plus tard, je me suis rendue compte que tout n'était pas aussi merveilleux, cela a été un peu difficile, mais petit à petit, j'ai trouvé un équilibre dans tout ça... Je suis heureuse que Maman ai été telle qu'elle était... une maman aimante, tendre, affectueuse, un parfum d'eau de rose lorsqu'on l'embrasse (encore maintenant)... une voix de rossignol et des doigts de fée. Elle était plus artiste et fantaisiste que ménagère et cuisinière... mais partout où nous avons vécu notre intérieur était chaleureux et arrangé avec goût... et j'ai d'inoubliables souvenirs de ses bons petits pâtés aux pommes de terre avec de la crème, ses cornets à la crème chantilly, ses œufs à la neige, ses gâteaux de riz au lait, sa brandade de morue. C'est elle avec mon père, qui m'a donné l'amour des livres, livres de classe, de lectures, littérature enfantine, poésie, livres d'art... Elle m'a appris à regarder la nature, appris à reconnaître les oiseaux, les fleurs, les plantes, les arbres... Elle faisait de la peinture, de la tapisserie "mille fleurs", de la broderie, de la peinture sur bois, du tricot. Elle était habile en tout... même sa blouse d'institutrice ne ressemblait pas à celles de ses collègues, elle était en coton blanc et l'avait illuminée de broderie de coquelicots des champs.

Au cœur de la tourmente, des ravages de la guerre... dans l'attente de nouvelles de ceux qui sont au front... l'espoir brule encore, on repousse cette misère, cette incertitude, cette angoisse qui nouent les entrailles, en créant de la beauté par exemple. Et là, ma Maman, car c'est d'elle qu'il s'agit... brodait avec ce qu'elle pouvait récupérer, car les rayons des merceries n'étaient plus achalandés. Pour apaiser ses craintes et tenter de tromper son attente, elle avait réuni deux morceaux de lin par un "jour" de fil brun , elle faisait de la peinture à l'aiguille et de petits villages, des arbres, des rivières, le clocher d'une église rappelaient les jours de bonheur et de paix...

 

 

J'ai donc toujours vu cette nappe qui me ravissait . Je la vois  encore avec mes yeux d'enfant inventant des histoires heureuses où le malheur n'existe pas. Mais Maman n'a pas eu besoin, comme Pénélope, de défaire son ouvrage pendant la nuit, et lorsque la guerre se termina, elle pu épouser papa... 

 Merci, chère Fanchon, pour ce portrait empreint de tendresse et d'admiration, et que chacune et chacun de nous puisse, au cours de cet été 2007, faire revivre en soi ces "objets" qui ont marqué une période de notre vie, l'enfance.

Publié dans BRODERIE

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fanchon68 20/07/2007 08:41

Merci beaucoup, je suis très touchée...C\\\'est vrai le temps ralenti de l\\\'été, des vacances, serait bien employé si l\\\'on pouvait en profiter pour se souvenir et faire revivre certains évènements grands ou petits de notre enfance... ce qui nous rattache à nos mamans en particulier, se souvenir d\\\'elles , jeunes et pleine d\\\'enthousiasme, sans occulter les personnes âgées qu\\\'elles sont devenues...  Elles sont tout cela à la fois, leur jeunesse, leur créativité, leur amour et cette lumière qui décline mais ne s\\\'éteindra jamais dans nos coeurs.