La tuée du cochon au Moyen-Age

Publié le par Marie France

On tuait déjà le cochon au Moyen-Age,

comme au temps des Très riches Heures du Duc de Berry,

comme en 2007 aussi!

Dans un paysage vallonné, le gardien des porcs lance son bâton dans les chênes afin de faire tomber les glands qui vont nourrir ses cochons.

D’abord on nourrit la bête, ensuite la bête nourrit l’homme…

Le récit d'Angéla, dans Les Brodeuses de l'Histoire ne manque pas de sel...

Lundi 17 décembre 1067  

Angéla, ce matin, nous est revenue brisée de fatigue.

-          C’était chez moi hier la tuée du cochon. C’est bien de la peine, tout ce travail, mais cela nous assure d’avoir à manger pour un moment. La viande est au saloir, et dans la cheminée, saucisses, boudins et lard sècheront et fumeront tout l’hiver.

Pas pressée de prendre l’aiguille et la laine, elle s’assoit et raconte pêle-mêle son beau cochon qu’elle a si souvent emmené à la glandée, ses cris quand on l’a égorgé, les boyaux fumants qu’il faut vider et nettoyer pour les saucisses, l’odeur des soies brûlées au-dessus du feu, la couenne grattée, les hommes si occupés qu’ils ont faim, et surtout soif plus souvent qu’à leur heure, et qui le soir venu…

-          C’est qu’il ne faut pas quitter les marmites, chauffer de l’eau, faire cuire, tourner, et éplucher des oignons, et encore et toujours du sel, et surveiller les enfants qui pourraient se brûler. Et les chiens, voleurs comme goupils, traînent les boyaux ; on leur jette la rate, si mauvaise, que seuls chiens ou chats s’en régalent. Eh ! c’est qu’il fait froid, et qu’il vente, et bien heureux quand il ne pleut pas, et que nous pataugeons dans la boue ! Suis quand même bien contente, pour sûr, toute ma famille pourra manger cet hiver, et encore après…  

Angéla se met à causer de potées, de farces, de pâtés, de bouillis et de sauces. Elle s’en prend soudain à Toustain qui passait par-là :

-          Pourquoi donc mon gars, ne mettez-vous pas quelques beaux gorets sur notre toile ? Sont bien plus utiles que ces bêtes étranges qu’il nous faut broder sans même en avoir jamais vu une seule. Tandis que des cochons, tout le monde connaît ! Vous n’en avez pas dans votre Normandie? Tiens donc, j’y pense, vous n’avez pas fait de vaches non plus, et pourtant, ce n’est pas ce qui manque dans votre pays ! Vous ne savez donc dessiner ni cochons ni vaches ?  

Le bestiaire d'Aberdeen, réalisé en Angleterre vers 1200, est un des plus beaux ouvrages de ce type. De très grande qualité, ses peintures sont réalisées sur un fond d'or bruni, révélant de riches couleurs avec une prédominance pour les bleus et les rouges. 

Bien différente est l'enluminure sur la tuée du cochon, que nous présente le Bréviaire d'amour d'Ermengol de Béziers:

Nous concluerons par une citation extraite du Dictionnaire d'agronomie de 1764:

                           "Le tems de vendre les Cochons gras,

                          est depuis le mois d'Octobre jusqu'au Carême. »

 

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marie 28/10/2007 19:37

Les agneaux sont tout à fait mignons, mais le gigot délicieux!
Les huîtres ne raffolent sans doute pas du jus de citron, mais il rehausse leur goût.
Le tourteau doit crier quand nous le jetons dans le court bouillon , mais quel régal avec ou sans mayonnaise....
La liste peut être longue  de ce qui, dans notre assiette pourrait nous culpabiliser. Le sentimentalisme a des limites . Quand bien même nous ne mangerions que des carottes, aiment-elles être râpées, coupées en rondelles, ou broyées dans le potage?...Le cri de la carotte au seuil de la mort.... Brrr!
Cynique, moi?   C'est possible  .    
N'en croyez rien , j'aime l'humour, noir de préférence   
Marie

fanchon68 28/10/2007 07:44

Mon père disait toujours "dans le cochon tout est bon"...Dans son livre il décrit la journée du cochon, "la fête du cochon"... drôle de fête pour lui en tout cas, c'est terrible ! et pourtant cette chère bestiole toute ronde a des trésors de délice pour nous !Merci aussi pour ce rappel des moyens de conservation avant le frigo !

Léa 25/09/2007 14:15

Rebonjour à tous
 j'ai oublié de dire que j'ai beaucoup aimé les enluminures. Quelle merveille! surtout celle du bestiaire d'Aberdeen.
Autrons-nous droit à un autre article sur la nourriture au Moyen-Age? Merci
Léa

Léa 25/09/2007 14:12

C'est vrai ce qu'a écrit dejalouguette, pas plus tard que ce matin je pensais au délicieux boudin accompagné de pommes que nous avons mangé hier soir, et je me disais... aïe le cri du cochon, c'est horrible, et moi qui me régale...
Jamais je n'ai assisté à une tuerie, et je ne tiens pas à y être un jour.

dejalouguette 25/09/2007 13:00

bonjour à tous les lecteurs de ce blog -
ce passage concernant les cochons engraissés pour nous me rappelle certaines vacances à la ferme de mes grands-parents où j'avais pu assister à des scènes semblables ...nous n'y pensons guère en achetant nos bonnes charcuteries ...