DRAGONS, DRAKKAR, BESTIAIRE, MOYEN AGE et APOCALYPSE

Publié le par Plum

Mais qui sont ces DRAGONS

qui crachent sur nos têtes ?

 Rainer Maria Rilke écrit :

"Tous les dragons de notre vie

sont peut-être des princesses

qui attendent de nous voir beaux et courageux.

Toutes les choses terrifiantes ne sont peut-être que des choses sans secours qui attendent que nous les secourions (Lettres à un jeune poète)."

Et si c’était vrai ?

Notre amie, Shinta Zenker, peintre-calligraphe, a su enluminer cette citation qui n’a pas fini de dévoiler son sens.

Étymologie du mot « DRAGON » : En grec, « Drakon » vient de « Derkomaï », fixer du regard. Le dragon souffle le feu et son regard fascine comme celui du serpent. Nous sommes dans la lignée de Méduse et… de toutes les femmes qui fascinent ou envoûtent les hommes de leurs charmes…

Animal hybride, avec à la fois un corps de serpent,  des griffes d'aigle, des ailes de chauve-souris, le dragon n'est ni mâle ni femelle.  Aussi, prenons garde à tous les « dragons » qui nous entourent et nous fascinent, hommes ou femmes !

Mais au XVIe s. le dragon désignait un soldat de cavalerie, d’après le nom de l’étendard (« dragon » au sens d’étendard date du XIIe s. car un dragon devait toujours y figurer. Le chevalier devait vaincre le dragon, l'enchaîner. Cette épreuve initiatique le rendait maître des puissantes forces de la nature.

Retrouvons la belle évocation poétique de Rainer Maria Rilke. Dans l’imaginaire du poète, les dragons ne représentent-ils pas d’effrayantes images parentales, dont nous n’aurions pas encore su nous affranchir ? En ce cas, nos peurs infantiles deviennent des dragons castrateurs, mais peuvent aussi se transformer en « princesses » (ou en princes) qui enflammeraient notre cœur d’amour, et n’auraient qu’n désir, « nous voir heureux ou courageux ».

L’enluminure médiévale a représenté de superbes dragons, chimères ou autres animaux fantastiques dans la plupart des bestiaires.

DRAGON et ELEPHANT

enlacés

BESTIAIRE d'Aberdeen

 

 La Bible, et plus particulièrement l'APOCALYPSE donne au dragon la place du Diable, de "l'antique serpent".

« Les chapiteaux m’emmènent bien loin des Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto, pour me plonger dans le bestiaire de la Bible où un cerf assoiffé cherche l’eau vive, tandis qu’un dragon me défie par l’impression d’horreur et de force qu’il dégage. Ce serpent aux ailes impressionnantes a une énorme queue, recouverte d’écailles. Ce ne peut être que l’antique serpent de l’Apocalypse, et je détourne mon regard. » (Les Brodeuses de l'Histoire)

Voici quelques enluminures que j'ai réalisées en calligraphiant ce texte méconnu de la bible.

« On dit que feu de forge vient par la bouche du diable ou naseaux de dragon. »

La Tapisserie de Bayeux nous offre de superbes dragons et autres animaux fantastiques, dans les frises qui ornent le haut et le bas de la grande épopée de Guillaume le Conquérant.

Voici ce qu’en disent quelques personnages du roman Les Brodeuses de l’Histoire :

"En forme d'amande, la Mora (vaisseau du duc Guillaume) a une coque qui se rétrécit vers la poupe relevée très haut, ornée d'une tête de dragon qui glacera d'effroi l'ennemi. A la poupe, un enfançon scintillant sous le soleil joue gaiement du cor de sa main droite tandis que sa main gauche tient une oriflamme dirigée vers l'Angleterre." (Les Brodeuses de l'Histoire)

Le mot "DRAKKAR" lui-même, signifierait "DRAGON".

La figure de proue des bateaux vikings était souvent une tête de dragon, qui se disait dans l'ancienne langue scandinave dreki au singulier et drekar au pluriel.

De même, c'est de l'étymologie nordique "Snekkar" (snake, en anglais)que vient le mot français "esnèque", désigant un de ces grands vaisseaux vikings.

 

Le dernier texte extrait des Brodeuses de l'Histoire est l'expression des fantasmes de frère John:

« Le voici, ce bestiaire qui m’excite. Sorties de leur masure des premiers temps du monde, les braves bêtes ont cru et se sont multipliées. Elles ont fauté, porté leurs petits dedans leur ventre, et se retrouvent partout, dans la Bible, sur la toile et sur les étendards. Nos piliers même portent colombes et autres créatures, pour dire la vitalité de Dieu ou l’image du démon.

Onagre qui brais douze fois à l’équinoxe du printemps, c’est toi, Satan, qui hurles de rage quand le pouvoir de la nuit t’échappe et qu’au petit matin, la lumière de Jésus Christ croît à nouveau ! Je vous connais, ô monstres, étendard à dragons, dragon du Wessex, sexe de puterelle, ailes de dragons écartelés, lait de manticore, corps d’aitvaras.

Aitvaras, esprit du mal, race diabolique qu’on achète au prix de son âme, tu n’auras plus la mienne !

Et vous, chimères ailées, lions à la croupe fleurie, et aux queues bandelantes, vous les cerfs, vous qui croassez, glapissez, soufflez de rage un peu d’amour, comme élus et damnés, vous aigles et taureaux constellés d’yeux, taillis de crinières échevelées, arbres qui s’entrelacent, s’enroulent et se déroulent, et vous les gazelles et les biches, à qui vous affrontez-vous, qui donc fuyez-vous ? »  

Mais connaissez-vous l'aitvaras?

L'aitvaras est un esprit qui vit dans les maisons. Il a la forme d'un coq à l'intérieur et d'un dragon à l'extérieur.

L’aitvaras apporte la prospérité à la famille qui les loge, mais les biens qu'il donne sont volés ailleurs ! Si quelqu'un est assez fou pour vouloir avoir un aitvaras chez lui, il pourra l'acheter auprès du diable, au prix de son âme.

Il est parfois difficile de rencontrer un aitvaras en se promenant en ville...

Pour conclure, last, but not least,

 

Marie France Le Clainche nous offre ces magnifiques dragons qu'elle a brodés au point de Bayeux (ou de couchure), reprenant une partie de la frise de la Tapisserie de Bayeux:

Ils sont beaux, n'est-ce pas?

On en mangerait...

Publié dans tapisseriebayeux

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fanchon68 28/10/2007 07:38

c'est vrai que les dragons peuvent être fascinants mais je ne les affectionne pas... si je brodais la tapisserie de Bayeux, je les oublierais, je crois, mais ce ne serait pas respecter l'ouvrage de départ , non ?

Crazypatch 17/10/2007 22:47

Ils sont magnifiques, mais je n'irais pas jusqu'à en manger.Mon livre des brodeuses de l'histoire vient d'arriver, je vais pouvoir lui le dévorer. je l'epporte en cure thermale avec ma tapisserie de Bayeux à avancer.