La Mora vaisseau ducal

Publié le par Plum

Sur la plupart des reproductions de la Tapisserie de Bayeux, on peut admirer le grand drakkar offert à Guillaume par Mathilde, future reine.  Ecoutons Toustain, le jeune dessinateur normand, nous parler de la Mora:  Il m’est doux de me revoir terminant la scène du chargement des navires. J’avais placé au premier plan mon ami Ranulphe qui devait embarquer, lui aussi, et je m’activais pour rendre aux drakkars leur majesté, en prenant soin de donner à leur figure de proue la forme d’un grand S enluminé ! On dit que le vaisseau du duc a été équipé par Mathilde, et que son amour pour Guillaume est tel, qu’elle a payé de ses propres deniers sans rechigner. Faute d’avoir pu retenir son mari près d’elle, elle a choisi de le soutenir plutôt que d’enchaîner l’âme de son conquérant. L’esnèque, elle l’a voulue semblable à celle des ancêtres vikings, douze toises de long et seize pieds de large, et encore plus  rapide que les meilleurs destriers du duc. En forme d’amande, la Mora a une coque qui se rétrécit vers la poupe, et vers la proue relevée très haut, ornée d’une tête de dragon qui glacera d’effroi l’ennemi. A la poupe, un enfançon scintillant sous le soleil joue gaiement du cor de sa main droite tandis que sa main gauche tient une oriflamme dirigée vers l’Angleterre. Tout en dessinant, j’imagine le petit Guillaume se jurant, après la mort de son père Robert le Magnifique, de se venger de tous ceux qui ne voulaient pas le reconnaître et le traitaient de bastard!  De l’avant à l’arrière, je m’applique à peindre le bois blond et les larges lattes horizontales, rouges et vertes. Je me dis que le vaisseau du duc est le plus beau du monde. Le mât central porte à son sommet une lanterne surmontée d’une croix, pour permettre la navigation de nuit. Le navire ducal a son propre étendard, le vexillum sancti Petri, offert par le Pape. Une croix blanche se détache sur un fond vermeil, c’est à cet étendard béni que je me suis accroché au plus fort de la bataille. Pour l’heure, il faut bien le reconnaître, ce fier navire se dandine comme une cane sous le souffle d’un fort vent d’ouest !

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