Broderie et écriture: Broder la vie d'une mère

Publié le par Plum

 

   Chères Mamans...

Plusieurs textes, aujourd'hui, dont les mots qui s'adressent à la mère ont la couleur des plus fines broderies.

Le premier est signé Marie Chaix (Toi, ma mère, collectif, Albin Michel.)

   « Dans Les Silences ou la vie d'une femme, ce livre consacré à toi, ma mère, je m'étais adressée à toi, identifiée, substituée à toi, pour reconstituer l'ouvrage de ta vie, à partir des bribes du passé que tu avais laissé échapper ou accepté de nous confier.

Travail patient, broderie lente. Ne disposant pas toujours des bonnes couleurs, des fils adéquats, je les inventai et je crois ne pas avoir trahi tes secrets de brodeuse appliquée.

Maniant les mots plutôt que l'aiguille, j'avais tenté de combler tes « vides », désireuse que j'étais de faire entendre tes silences, de t'en délivrer. Travail de reconnaissance et d'amour. J'avais trente ans. Tu étais déjà partie. »

Le second a été écrit par une amie, Marie Ledoux, fidèle abonnée au blog. Texte lu il y a un mois, lors de l'enterrement de Yolande, sa maman.

 " Petite maman, tu aimais la nature, les fleurs, les paysages :Communion du beau, et du silence, du puissant aussi avec ta fascination des orages, ta richesse à créer, organiser. Un peu comme l'écrivain Colette, tu n'aimais qu?un jardin étouffant sous les fleurs et les arbres, tu en plantais partout.

Ton besoin d?allégresse aussi: N'as-tu pas appelé Youpi ton dernier chien ? Et puis cette heureuse mobilisation de tout ton corps alité depuis des semaines à l'hôpital, enthousiasmée à l'écoute des chants de Salif Keita, chanteur malien.

Ainsi, devant tes enfants, la nature qui te comblait, les animaux que tu chérissais, tu étais comme à 20 ans, au tout début du monde et de toi-même. Un coeur nourri et pour trop peu de temps comblé.

Petite maman,  nous sommes très tristes, le deuil est ainsi. Nous allons tous apprendre à apprivoiser ton absence. Viendra le temps, lointain, très lointain, ou douleur deviendra douceur. Je l?ai expérimenté."

La troisième "Marie" est l'auteur des Brodeuses de l'Histoire. Jeanne, sa maman, avait ses aïeux originaires de Spézet, la ville où se trouvent les éditions Coop Breizh.

Marie France Le Clainche est poète:

"Tout l'été, la maladie a tourmenté ton corps vieilli.

Tu me savais en écriture, tu découvrais la Tapisserie.

Le manuscrit partit : Auvergne, Paris, Bretagne, Normandie...

Pour moi, attente patiente, pour toi, derniers éclats de vie.

Deux septembre au matin : ce serait Spézet, berceau de tous tes aïeux,

Là naitrait le livre auquel tu aspirais de tous tes voeux.

J'aurais aimé te voir sourire d'un hasard si heureux.

Tu ne l'as jamais su : ce jour-là fut celui de l'adieu.

Doux soleil : nous avons déposé tes cendres parmi les fleurs de ton jardin.

Maman, je t'ai dédié ce livre que tu aurais aimé tenir entre tes mains."

Quant à    qui savait broder, non avec des fils de couleur, mais avec des mots de tendresse, au stylo ou à la machine à écrire, sa fille Denise lui a consacré son dernier livre, pas encore publié: Une Mère de papier.

" Il m’a fallu écrire la plongée dans l’opaque où se débat l’intelligence aux prises avec l’incertitude, la vérité contradictoire d’un père et d’une mère, un monde en guerre, des adultes qui se dérobent ou s’enferment dans une tour mystérieuse, fragile cependant.

Écrire pour que le dire délivre ce questionnement de toute une vie. Écrire pour exister. On s’adresse non aux parents réels, mais aux représentations que l’on s’en fait, au fil du temps, jamais les mêmes, toujours mouvants, vivants, nos parents!

Folle d’elle, folle de lui, folle d’amour et de vérité. Ne jamais oublier cette folie qui guette aux portes, ouragan d’imprévus, rythme pour balayer l’ennui ou les sanglots appauvris de sens. Pour dire l’histoire d’une famille, ses chemins de traverse, ses larges avenues fleuries, le fil relie le présent proche au lointain passé. Bravant l’interdit, les mots poussent à dire, les mots délivrent et nous affranchissent du secret, de la honte aussi.

Les déchirures de l’âme, ces fragments d’Histoire bientôt rendus à l’universelle matrice."

 

 

Commenter cet article

fanchon68 18/07/2007 23:15

Tous ces textes sont beaux, émouvants et plein d'une grande tendresse... on se retrouve un peu ou plus dans chacun d'eux...Sur mon blog j'ai aussi écrit un texte dédié à ma mère (85 ans)... J'ai vécu aussi un peu l'aventure d'un livre... avec mon Papa, ou plutôt sans... son 1er livre a été édité très peu de temps après son départ de cette terre, lui aussi aurait été tellement heureux de tenir son livre entre ces mains !Merci pour ce billet plein de témoignages d'amour !

Felix Leureu 09/07/2007 18:56

Bonjour,
C'est la deuxième fois que je me rends sur votre site. Cet hommage aux mères est très beau, et les textes bien différents les uns des autres. Je les apprécie davantage encore du fait qu'en tant qu'homme, je me sens vraiment incapable d'exprimer par écrit mes sentiments, et surtout par rapport à une maman ou à quelqu'un décédé.
Merci de partager de si beaux écrits.
Félix